Mardi 10 avril 2018 : Megalithomania, une histoire des recherches sur le mégalithisme

Mardi 10 avril 2018, Lycée de Lattre, La Roche sur Yon, 20h30, gratuit

Les architectures monumentales édifiées pour certaines il y a déjà 7 millénaires sont encore très présentes dans le patrimoine commun et la mythologie des populations. En France les premiers dessins se retrouvent au 16e siècle dans le tableau du siège de Gaspard de Coligny à Poitiers ou dans le Gargantua de François Rabelais. A la fin du siècle à Paris Sainte-Geneviève fut peinte avec ses moutons au centre d’un faux cercle de pierres, dans l’église Saint-Merry. En Grande Bretagne après les menhirs dessinés dans les romans arthuriens du 11e siècle c’est Stonehenge qui fut le site le plus représenté. Les explications de ces monuments se heurtent à la conception de la création du monde par l’église catholique. L’abbé de Foulhac au début du 17e siècle faisant la carte des dolmens des Causses évoquera avec beaucoup de prudence un peuple plus ancien que les gaulois mais se gardera de publier ses recherches.

L’église a le plus souvent christianisé les menhirs plutôt que de les détruire. A 19e siècle en Bretagne les bulletins paroissiaux, les fresques et tableaux pieux utilisent l’image des mégalithes. Yann d’Argent, en 1839, peint le miracle de Saint-Houardon sur son auge de pierre qui peut être assimilée à un dolmen.

Dès la fin du 16e siècle une carte de la presqu’île du Conquet situe les menhirs et tumulus comme amers. Les premières fouilles et repérages se font au 17ème siècle dans l’Eure avec le sieur de Cocherelle qui décrit très précisément une allée couverte comme ancienne sépulture. Christophe Paul de Robien président du Parlement de Bretagne et passionné de science étudie les monuments mégalithiques de Locmariaquer et de la Roche aux fées.

Les érudits du 19e siècle, tels le chevalier de Fréminville, Pitre de l’Isle et Bachelot de la Pilaie s’intéressent de près aux mégalithes qu’ils décrivent dans leurs ouvrages, des alignements de Carnac à la presqu’île de Crozon. L’essor du romantisme les peuple de mythes et de légendes avec druides, fées et korrigans. Après les poèmes d’Ossian publiés par James Mc Ferson, les martyrs de Châteaubriand annoncent la vogue du celtisme. Les peintres comme les anglais John Constable et Turner, Victor Hugo dans ses croquis, Jules Simon et Ernest Guérin plus tard magnifient les monuments préhistoriques.

Au 20e siècle les « bretonneries » de Théodore Botrel puis les « réclames » tels les cycles « Dolmen », « Le vieux druide » en camembert ou le maillot de bain « le menhir » mettent les mégalithes dans la vie quotidienne. Les cinéastes comme Jean Epstein dans « L’or des mers », Polansky avec « Tess » ou même Stanley Kubrick dans « 2001 l’odyssée de l’espace » et son monolithe s’intéressent aux anciennes civilisations. Les auteurs de BD vont accroitre la popularisation, avec « la nuit à Carnac » de Michel Vaillant, « les Celtiques » de Hugo Pratt et la succession des albums de Goscinny et Uderzo campant les héros Astérix et son copain et faire valoir Obélix le tailleur et livreur de menhirs.

La Bretagne qui n’est pas la terre la plus peuplée en mégalithes de France a profité de cette « mégalithomania » pour conforter son image de Celtisme et de terre des menhirs et dolmens qui sont des mots bretons.

par Cyrille CHAIGNEAU, Archéologue et médiateur au Musée de Préhistoire de Carnac