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Mort, passé, présent, conditionnel

Mort, passé, présent, conditionnel

Actes du colloque de la Roche-sur-Yon, juin 1994, 208 p.
Ouverture du colloque, par Jean-Marc LARGE

Avant l'ouverture de ce colloque, le Groupe Vendéen d'Etudes Préhistoriques tient à remercier très chaleureusement tous les chercheurs qui ont bien voulu nous faire part de leurs réflexions sur la mort.

Nous tenons aussi à remercier le public présent à qui nous apporterons, je le souhaite, un regard particulier sur ce sujet.

N'oublions pas les différents organismes qui nous ont aidés pour la réalisation matérielle de ce colloque :

Merci enfin à Jean-Yves Lesage, artiste peintre, qui a réalisé une œuvre originale sur le thème de la mort.

Ce colloque a une vocation transversale. Il veut être une tentative de dialogue pour des chercheurs de différentes disciplines qui parlent d'un même sujet : la mort.

Mais il ne s'agit pas que de cela. Notre désir est de faire de ce colloque une rencontre entre les "spécialistes" et la "communauté" que vous formez dans cette salle. A la fin de chaque communication, un temps sera réservé aux réactions du public et l'ensemble de ces discussions sera publié dans les actes du colloque.

De par cette vocation transversale, l'unité d'analyse de la mort ne peut se faire que dans le cadre des sciences humaines. Avant tout, un regard décentré par rapport au sujet est nécessaire pour pouvoir se dégager de l'émotion.

C'est pourquoi nous avons voulu donner un accent anthropologique ou ethno-anthropologique à ce colloque. Car il me semble que seule cette possibilité de décentration, même si l'on sait que l'ethnocentrisme nous guette tous, est utile pour que ce colloque soit une force de proposition, qu'il participe à une dynamique allant à rencontre du déni de la mort dans nos cultures occidentales actuelles.

Il est alors nécessaire, pour que chaque personne puisse s'y retrouver, de présenter les trames intellectuelles qui nous serviront de référence pendant ces deux jours.

Jusque dans les années 60, en France, le terme "anthropologie" était réservé à l'anthropologie physique mais les apports récents de Claude Lévi-Strauss et de Georges Balandier, ainsi que les approches américaines et britanniques, ont permis de donner corps à une anthropologie culturelle qui prend en compte les traits sociaux et les traits culturels de l'humanité dans son ensemble.

La qualité essentielle de cette discipline est de s'occuper des traditions durables que l'histoire n'érode que superficiellement.

Tout le contenu de ce que l'on appelle culture ou civilisation est du ressort de l'anthropologie.

Mais il faudra garder à l'esprit que les chercheurs se savent engagés. La maîtrise de leurs sujets est effectivement biaisée par l'histoire même des scientifiques qui les étudient. La faculté critique devra donc faire abstraction de leurs réactions personnelles, subjectives. Il faudra éviter tout assujettissement à l'idéologie.

Quelle est la place de l'anthropologie de la mort au sein de l'anthropologie culturelle ?

Louis-Vincent Thomas disait à juste titre que "la mort reste l'événement universel et irrécusable par excellence : la seule chose dont nous soyons vraiment certains, bien que nous en ignorions le jour et l'heure, le pourquoi et le comment, est que l'on doive mourir".

La mort est-elle un passage ? En dehors de notre culture, elle n'apparaît nulle part comme la fin de l'existence humaine.

Est-il alors nécessaire de la ritualiser si l'on ne veut pas être angoissé par une future non-existence ?

Si la mort est perçue comme un passage, la société peut-elle fonctionner sans rites ? Le rite apparaît-il, comme le soulignait Louis-Vincent Thomas "comme une assurance qu'on s'invente pour maîtriser l'épisodique et l'aléatoire" ?

La finalité des rites est-elle de sécuriser ? Le travail de l'ethno-anthropologue est de percevoir l'essence même des rites autour de la mort et de dégager, s'il le peut, la symbolique qui préside à ces rites. Cette perception est essentielle si l'on veut comprendre un certain nombre de comportements dans les différentes cultures.

Or, on assiste dans le monde occidental à une faillite des conduites symboliques et à l'apparition du déni de la mort. L'homme occidental est privé de sa mort. Je pense que ce problème sera abordé lors de ce colloque, aussi est-il inutile que j'insiste sur ce point, mais je poserai tout de même cette question : est-ce sur le plan biologique ou sur le plan social que l'on peut dompter la mort ?
En plus des questions que je viens d'évoquer, le colloque devra répondre à une autre question essentielle : Existe-t-il aujourd'hui, dans notre culture, un réel courant qui tente de ré-apprivoiser la mort ?

Les différents champs de perception de la mort chez les scientifiques

Des spécialistes de différentes disciplines participent à ce colloque. Avant de leur donner la parole, je voudrais insister sur les approches particulières que vous allez sans doute percevoir pendant ces deux jours.

Les archéologues et les anthropologues (au sens français de l'anthropologie physique) ont une perception du phénomène de la mort essentiellement post mortem et axée sur la société. Ils apportent un regard dynamique grâce à une profondeur historique. Ils saisissent le moment initial de la prise de conscience de la permanence du défunt.

Les ethnologues et les sociologues ont une perception en amont et en aval de la mort biologique. Ils saisissent les processus de diversification de l'acte de mort. Ils permettent de prendre conscience des comportements récurrents (stratégie de l'évitement, par exemple) et universaux (certains mythes et symboles).

Les médecins et les psychologues prennent en compte la réalité ante mortem de l'individu. Ils apportent une réponse individualisée pour ré-humaniser la mort (suppression de la douleur, écoute lors de la crise de l'agonisant).
Même si ce que je viens de dire est forcément réducteur (il ne s'agit que de grandes lignes de réflexion), ces différentes approches permettent de se rendre compte que l'ethno-anthropologie est au centre de ces différentes préoccupations. Il m'apparaît indispensable de tenir compte de la nécessité de décentration pour pouvoir appréhender la réalité d'une culture. Je me sens d'autant plus à l'aise pour dire cela que je n'appartiens pas à cette spécialité.

Pour terminer ce long préambule, je souhaite que les personnes qui vont faire part de leurs recherches tiennent compte de la réalité de chacun à l'aide d'un discours commun pour une cause fondamentale de l'être humain : la prise de conscience de sa mort.

Sommaire Page
Sang, cœur et soleil " (Poème de Jean-Yves LESAGE) 10
Ouverture du colloque (Jean-Marc LARGE) 11
Préambule (Jean-Paul CROS) 13
LA MORT PASSÉE
Le problème des premières sépultures (Bernard VANDERMEERSCH) 17
Pratiques funéraires et enfants dans les populations anciennes : l'exemple des inhumations (Anne-Marie TILLIER) 25
Anthropologie " de terrain ", archéologie de la Mort (Henri DUDAY) 33
Le cannibalisme au Néolithique : réalité et sens (Bruno BOULESTIN et José GOMEZ de SOTO) 59
Bibliographie " La mort passée " 69
LA MORT AILLEURS
Cérémonie de crémation en Thaïlande du Nord (Jean-Pierre PAUTREAU) 79
Evolution des rituels funéraires au Cameroun : exemples Fali et Bassa (Chantai GUILMAIN-GAUTHIER et Jean-Gabriel GAUTHIER) 87
La mort à Madagascar (Roger JOUSSAUME) 95
Le deuil et le travail du deuil chez les Maenge de Nouvelle-Bretagne, Papouasie-Nouvelle Guinée (Michel PANOFF)
103
Forces de vie, forces de mort : " sain " et " malsain " en Europe Carpatique (Alain BOURAS) 109
Le nom de la mort à travers quelques langues du Monde (Pierre BARKAN) 117
Bibliographie " La mort ailleurs " 119
LA MORT AU PRÉSENT
Messes des morts, spectres et processions fantômes : réflexions à propos de quelques revenants qui n'étaient jamais vraiment tout à fait partis (Jean-Loïc LE QUELLEC) 125
Les soins palliatifs : quel devis pour un nouveau rituel du mourir ? (Jean-Paul CROS) 153
L'Après-Cent Ans : quelques résultats de l'étude des centenaires en décembre 1993 (Jean-Michel ANDRIEUX) 163
Bibliographie " La mort au présent " 169
LA MORT AU CONDITIONNEL
Ordre, désordre (Pierre PETROFF) 183
Les problèmes de l'après-vie au crible de la neurologie (René BOURDIOL) 189
Bibliographie " La mort au conditionnel "
195
EN CONCLUSION DE CE COLLOQUE 199
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